Le 27 février au soir, Christian Estrosi et son épouse découvrent une demi-tête de porc accrochée aux grilles de leur résidence niçoise. Un tract à l’effigie du maire sortant, surmonté d’une étoile de David, est épinglé sur l’animal. L’élu dénonce immédiatement une tentative d’intimidation antisémite. L’affaire aurait pu en rester là. Mais les investigations ont ouvert une boîte de Pandore judiciaire.
Moins d’une semaine plus tard, un Tunisien de 38 ans est interpellé à proximité du maire. La téléphonie révèle alors un détail troublant : ce suspect aurait été radioguidé jusqu’à Christian Estrosi par sa propre directrice de la communication. L’opération « tête de cochon » aurait-elle été fomentée de l’intérieur ? C’est ce que laisse entendre le principal mis en cause.
L’affaire de la tête de cochon : un mystère au cœur de la campagne niçoise
Amine S., hacker tunisien réfugié en France depuis une dizaine d’années, a décidé de parler. Il accuse directement Sevan B., un proche de Laura Tenoudji-Estrosi, également mis en examen. Une confrontation a été organisée le 12 juin par les deux magistrates instructrices. Face-à-face tendu entre les deux hommes.
Amine S. raconte n’avoir rencontré Christian Estrosi qu’une seule fois. Le maire lui aurait tendu son portable avec le numéro de Sevan B. en précisant : « Dorénavant ce sera votre seul point de contact, tout passera par lui. » Une réunion restée confidentielle, selon ses dires.
Sevan B. reconnaît avoir rencontré Amine S. à la demande du maire. Son objectif : redorer l’image digitale du candidat, en perte de vitesse face à Éric Ciotti. Il admet avoir usé de méthodes « un peu cavalières » pour contrer les attaques en ligne. Mais il refuse d’être désigné comme l’instigateur de l’opération.
Enquête sur une idée folle : la confrontation qui change tout
Le Tunisien affirme que les demandes de Sevan B. sont devenues de plus en plus pressantes à l’approche du scrutin. Il évoque notamment la fabrication de fausses vidéos avec l’intelligence artificielle pour « faire le buzz ». Un faux enregistrement impliquant Éric Ciotti, Cyril Hanouna et Vincent Bolloré aurait même été envisagé.
Une caricature intitulée « Chiotti » a bien été publiée sur une page Facebook non officielle de la campagne. Sevan B. en assume la paternité, la jugeant « humoristique ». En revanche, il nie avoir commandité la « tête de cochon ». Le hacker assure pourtant avoir reçu un appel 48 heures avant les faits.
« Il m’a dit qu’il avait une putain d’idée », confie Amine S. aux enquêteurs.
Selon lui, Sevan B. aurait supervisé à distance toute l’opération le soir venu. Cette version contraste avec les éléments techniques recueillis pendant l’instruction. Les échanges Telegram évoqués par le hacker n’ont pas été retrouvés par les techniciens.
Des techniques de campagne à la limite de la légalité
L’enquête a mis au jour un dispositif numérique embarrassant pour l’équipe municipale sortante. Création de fausses pages de fans, contenus automatisés générés par intelligence artificielle, achat de publicité pour amplifier artificiellement l’audience… Un budget de 50 000 euros aurait été consacré à ces actions marketing.
Sevan B. reconnaît des « techniques border », mais assure n’avoir jamais franchi la ligne de l’illégalité. Une défense qui laisse sceptique, tant les méthodes décrites s’apparentent à de la manipulation massive de l’opinion. L’enquête devra déterminer si ces pratiques outrepassent le simple cadre électoral.
Ce volet numérique révèle une professionnalisation inquiétante des campagnes politiques locales. Les outils accessibles en 2026 permettent de créer des armées de faux comptes pour peser sur le débat public. Une plongée dans les coulisses d’une campagne où le secret était devenu la règle.
Confession sous haute tension : les contradictions du dossier
Amine S. se présente comme un spécialiste en cybersécurité. Il affirme avoir volontairement mis son téléphone en « mode avion » pour empêcher toute suppression à distance de ses échanges. Une technique d’espion qui contraste avec l’amateurisme de l’opération. Sa propre voiture a servi à transporter la carcasse.
Pourquoi accepter une telle mission en laissant des traces aussi évidentes ? Ses explications paraissent confuses. Il dit avoir refusé dans un premier temps de prêter son véhicule à trois complices tunisiens, car ils avaient « consommé de l’alcool et des stupéfiants ». Une préoccupation étonnante pour un homme qui s’apprêtait à commettre un acte de déstabilisation politique.
Les zones d’ombre qui nourrissent le suspense
Sevan B. pointe plusieurs incohérences dans le récit de son accusateur. Des confusions de dates, un rendez-vous qui n’aurait jamais eu lieu, des messages introuvables… « C’est toujours pareil, il mélange le vrai et le faux », s’agace-t-il.
- 🔍 Aucun message Telegram retrouvé entre les deux hommes
- 📅 Des dates contradictoires dans les déclarations du hacker
- 🚗 Une voiture personnelle utilisée pour transporter la preuve
- 📱 Un « mode avion » qui aurait tout effacé selon les enquêteurs
Les investigations se poursuivent pour déterminer la frontière entre vérité et affabulation. L’instruction devra démêler les responsabilités de chacun. Deux Tunisiens impliqués dans le transport de la tête de porc sont toujours recherchés. Leur audition pourrait apporter des réponses décisives.
Cette affaire restera comme l’un des épisodes les plus singuliers de la vie politique niçoise. Elle interroge sur l’usage des réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et les méthodes de campagne. Mais aussi sur la fragilité d’une enquête où chaque protagoniste joue sa propre partition.
Le mystère demeure entier sur le commanditaire réel de cette opération. Le parquet attend désormais les résultats des expertises complémentaires. Une chose est sûre : cette « idée folle » aura laissé des traces durables dans le paysage politique local.
Ancien imprimeur familial à Tours devenu rédacteur en chef. Douze ans de freelance pour TPE et agences, passé à l’écriture pour traduire deux mondes : papier et pixel.
5 commentaires
Quelle mise en scène ! Le tract manque de direction artistique, mais l’intrigue est captivante.
Bonjour Oscar, l’agencement de la tête de porc et du tract avec l’étoile est saisissant. On croirait une mise en scène étudiée.
Quelle mise en page pour cette affaire ! Le tract avait l’air d’un montage Photoshop raté, mais l’intrigue est bien réelle.
La campagne numérique garde ses coulisses sombres; l’impression finale reste trompeuse.
Merci Oscar, mais la mise en page du tract m’intrigue plus que l’intrigue elle-même.